Gutent Tag René, Hello Kati,
Je n’en dirai pas plus en allemand, ni en anglais, car mes
questions mal traduites manqueraient de nuances. Mais si
vous avez la gentillesse de répondre, n’hésitez pas à le
faire dans votre langue maternelle, je prendrai le temps
de comprendre.
Cette semaine j’étais à Berlin, j’ai donc eu la chance de
pouvoir assister au spectacle auquel vous participiez. Et
une chose m’a frappée : la différence entre ce que l’on
perçoit lorsque l’on est dans la patinoire et lors de la
retransmission TV. C’est la dimension sportive qui m’a impressionnée
cette fois, la vitesse, la précision, la coordination, la
difficulté technique, le souffle de la chorégraphie et,
bien sûr, le côté irremplaçable de la présence physique.
La télévision, elle, met plus en valeur la dimension artistique,
l’émotion, la dramaturgie, l’osmose entre les patineurs,
grâce aux gros plans et aux ralentis. Il y a quelques années,
ma thèse portait sur « Le théâtre à la télévision », et
ceux qui étaient contre les retransmissions théâtrales répétaient
souvent que les acteurs ne peuvent pas jouer en même temps
pour une salle et pour une caméra filmant de près. Or, vous
démontrez le contraire, puisque malgré des efforts physiques
intenses, vous ne laissez rien transparaître, même de près,
pas une goutte de sueur, pas une douleur, seules l’émotion
et l’expression artistique sont visibles, à l’attention
d’une salle et pourtant tout en retenue pour les téléspectateurs.
Du grand art !
Première question : Est-ce que vous tenez compte de la présence
télévisuelle dans votre préparation artistique et sportive,
donc de cette double dimension ?
Deuxième question : A votre avis, est-ce que ce sont les
nouvelles contraintes dues à la sophistication du travail
sur l’image des réalisateurs TV qui ont fait se réduire
les différences de styles artistiques entre pays (différences
toujours présentes dans le ballet, par exemple entre le
style Bolchoï – plus extraverti – et le style Opéra de Paris),
ou bien est-ce dû aux échanges des entraîneurs et au travail
de plus en plus en commun des patineurs internationaux ?
En tout cas, vous, ne changez rien à votre style !
J’aurais aimé vous dire bonjour après le spectacle, mais
je n’ai pas osé, et surtout je n’ai pas voulu voler une
minute de leur rêve aux tout-petits patineurs enfin près
de leurs champions. Peut-être à une autre occasion.
Je vous souhaite beaucoup de belles choses pour l’avenir.
Sylviane
Paris, France - Monday, May 31, 2004 at 12:26:08 (MET DST)
Bonjour Sylviane,
D'abord, nous avons du plaisir à patiner et nous voulons
le transmettre au gens du public. Nous prenons conscience
de la présence des caméras seulement avant d'entrer sur
la glace. Une fois que la musique commence, nous l'oublions
complèment. C'est pour nous et pour le public présent à
la patinoire que nous performons.
Pour répondre à ta deuxième question, le patinage diffère
du ballet par exemple, du fait qu'il est d'abord un sport
de compétition et ensuite on y ajoute l'aspect artistique.
Il n'existe donc pas une aussi grande différence dans le
style des patineurs puisque ces derniers doivent pouvoir
passer d'un style de musique et de danse à l'autre, d'une
routine à l'autre. Ceci dit, il s'est tout de même installé
différents styles dans la technique de patinage, au fil
des ans, mais ceux-ci ne sont pas statiques, il évoluent
avec le temps. Par exemple, on parviendra à différencier
une technique nord-américaine d'une technique russe ou plutôt
européenne. Mais on parle de nuances qui s'estompent de
plus en plus, dues aux mouvements des patineurs et des entraîneurs,
comme tu l'as mentionné.
En espérant que nous ayons pu répondre à tes questions,
nous tenons à te remercier de l'intérêt que tu portes envers
le sport. Merci aussi pour tes précieux commentaires!
Kati et René